La pratique chinoise d’Intelligence Economique en Afrique

La crise financière et économique que nous traversons en ce moment  avait été annoncée comme catastrophique pour l’Afrique ; non pas directement, parce que l’Afrique n’occupe pas une place importante dans l’économie mondiale ; mais plutôt indirectement, dans la mesure où les pays développés réduiraient leurs investissements et leurs aides à destination du continent.

Mais l’Afrique reste une cible stratégique pour certains pays, notamment pour la Chine, qui à l’issue du FOCAC (Forum de coopération sino-africaine) qui s’est tenu au mois de novembre dernier en Egypte, s’est engagée à prêter à l’Afrique, 10 milliards de dollars sur trois ans. De plus, elle a promis d’ouvrir son marché à plus de produits africains en baissant les droits de douane, et  d’aider l’Afrique sur le plan environnemental.

Qu’attend donc la Chine de l’Afrique ? Comment la Chine s’y prend-elle pour conquérir l’Afrique, un continent où les anciens pays colonisateurs sont historiquement présents ?

Une étude réalisée en juin 2008 par Marie BAL et Laura VALENTIN (alors étudiantes à l’ESSEC) illustre très bien « la stratégie de puissance de la Chine en Afrique » (titre de l’étude).

En effet, cette étude met en exergue la complémentarité des problématiques sino-africaines et la stratégie de puissance adoptée par la Chine pour conquérir le continent africain ; sans oublier les conséquences de ces pratiques pour l’Afrique et pour les autres acteurs internationaux de l’Afrique (la France, l’Europe, les Etats-Unis…).

Je m’attarderai dans cette étude, sur le panorama de la présence chinoise en Afrique et sur l’esprit de la pratique chinoise de l’Intelligence Economique.

En effet, la Chine a besoin de l’Afrique, premièrement en tant que « Client » (pour les matières premières dont l’Afrique dispose) et deuxièmement en tant que « Fournisseur » (pour écouler sa production). En d’autres termes, la Chine recherche en l’Afrique un partenariat de privilège sur du long terme.

Et le volume des échanges commerciaux sino-africains, qui a connu une évolution surprenante, nous en dit long sur les intentions de la Chine :

  • Il a été multiplié par cinquante entre 1980 et 2005
  • Il a quintuplé entre 2000 et 2006, passant de 10 à 55 milliards de dollars US
  • Il devrait atteindre 100 milliards de dollars avant 2010
  • La Chine est le 2ème partenaire commercial pour l’Afrique après les Etas-Unis et devant la France
  • La Chine est le 1er fournisseur de l’Afrique subsaharienne avec  10% de PDM.

Ces chiffres montrent clairement  que l’Afrique a une importance stratégique pour la Chine.

Mais comment cette dernière s’y prend-elle ?

La Chine adopte en Afrique une stratégie de puissance « globale et multiforme » qui se déploie sur différents axes : économique, diplomatique, militaire, scientifique, technique, socio-culturel, médical-sanitaire et médiatique. Elle intervient donc de façon simultanée sur ces différents axes avec une stratégie bien définie et bien organisée.

En ce qui concerne la pratique de l’Intelligence Economique chinoise, Marie et Laura ont fait une synthèse de la présentation du Général Schaeffer (lors du point de Veille n°6 organisé le 28/02/2008 par International Focus, l’association des auditeurs IE de l’IHEDN et Objectif Chine).

En effet, (je cite) : « la fulgurante expansion de la Chine en Afrique n’est pas la simple conséquence d’un contexte international, mais le résultat d’une véritable stratégie de puissance dessinée par l’Empire du Milieu depuis des siècles, stratégie qui s’est adaptée aux différents contextes internes et externes ».

« Des trois volets de l’Intelligence Economique (à savoir la recherche d’information, la protection du patrimoine immatériel et le lobbying), les chinois en Afrique mettent à profit une large palette des moyens sur deux de ces volets en particulier :

1-      La recherche d’information

  • Pour détecter toutes les opportunités économiques et évaluer leur environnement (perméabilité des Etats)
  • Pour se placer au mieux, notamment dans les réponses aux appels d’offre
  • Pour se positionner par rapport à la concurrence, non seulement occidentale, mais aussi indienne en particulier.

2-      La stratégie d’influence, le lobbying

  • Au niveau économique : afin d’obtenir des avantages et des parts de marché
  • Au niveau politique : afin de soutenir les objectifs économiques chinois et de se réserver une possibilité de contrôle, direct ou indirect, sur l’exercice régalien des Etats africains
  • Au niveau stratégique : afin de se rallier des soutiens de la part des pays africains et d’être présent sur une position de contrôle entre Méditerranée, Océan Atlantique et Océan Indien.

La mise en œuvre de l’Intelligence Economique chinoise répond à trois principes fondamentaux :

  • Une forte centralisation au niveau de l’émission des directives
  • Une large initiative dans l’exécution
  • Une organisation méthodique »

Vous pouvez télécharger l’étude complète de 75 pages en cliquant sur le lien suivant : « la stratégie de puissance de la Chine en Afrique ».

5 Responses to La pratique chinoise d’Intelligence Economique en Afrique

  1. Fvb says:

    Je vous recommande un très bon livre: Chinafrique qui est disponible à présent en format pôche

    http://www.amazon.fr/Chinafrique-P%C3%A9kin-conqu%C3%AAte-continent-noir/dp/2012794793/ref=sr_1_2?ie=UTF8&s=books&qid=1261965085&sr=8-2

    Par contre ce serai bien aussi de nous faire comprendre comment l’Afrique devrait apréhender cette installation hégémonique chinoise. Et je pèse mes mots. Les commerçants camerounais ou les mineurs zambiens qui en sont venus au main avec leurs homologues chinois en sont une preuve flagrante de la poussée hégémonique chinoise.

    On pourrait même encore aller plus loin dans la réflexion: Comment l’Afrique doit appréhender les poussées hégémoniques des grands ensembles économico politiques capitalistes sur ses actifs (matières premières, population galopante, etc…)?

    Une ultime question: quelle est la différence entre Intelligence Economique et Guerre Economique, pour nous les novices?

    On a de plus en plus l’impression que l’Afrique est en guerre (économique) contre le reste du monde (amérique du sud non comprise) depuis 400ans. La Chine n’est qu’un adversaire de plus. Comment l’Afrique sortira telle de ce nouveau challenge. Vainqueur ou Vaincu, une fois de plus?

    On a surtout l’impression que seuls les Africains ne sont pas au courant que leur continent est assiégé. Eux seuls n’ont aucune connaissance des enjeux. Victime de leur naïveté. L’arrivée de la Chine me fait penser à ses films de science fiction ou des extra-terrestres à tendance hégémoniste et impérialiste venaient en disant “nous venons en Paix”. Quelque temps plutard, l’humanité se réveillait enchainée par ces mêmes êtres venus en Paix (ou en Amour comme l’on fait les Européens Judéo Chrétiens lors du lancement de la traite négrière).

    Les grands ensembles économico politiques capitalistes que sont l’UE, les USA et la Chine ne font qu’utiliser tous les moyens nécessaires pour perpétuer leur position hégémonique. L’intelligence économique n’est qu’un outils parmi d’autres.

    Etrange qu’il faille que ce soit des étudiants justement de l’un de ces grands ensembles (l’UE) qui se mettent à écrire des analyses sur l’Afrique et la Chine. A quand un étude de ce type réalisé par des Africains pour les Africains?

    L’Afrique ne doit plus simplement s’unir, L’Afrique doit survivre, L’Afrique doit vivre, L’Afrique doit gagner son indépendance et pour ce faire utiliser les mêmes outils que ceux utilisés par les Maîtres de l’Afrique de 2010. L’Intelligence Economique Africaine est un véritable outil de resistance en espérant que cette fois ci, les Africains puissent se rendre compte des enjeux.

    Résister, Vaincre ou Périr!

  2. Merci pour votre intervention !!!
    L’Afrique, dans son partenariat avec la Chine ou avec les “grands ensembles économico politico capitalistes” (comme vous l’avez souligné), doit s’inscrire dans une logique gagnant/gagnant.
    Gagnant pour l’Afrique et non pour les dirigeants, comme c’est le cas aujourd’hui.
    En effet, les décisions importantes issues de négociations sont prises dans l’intérêt des dirigeants africains et non dans l’intérêt général de l’Afrique.
    Or l’Afrique grâce à ses ressources naturelles suffisantes, dont les pays développés ont besoin, a la capacité de disposer d’ un pouvoir de négociation qui aboutirait à un partenariat gagnant/gagnant.
    En d’autres termes, ce qui doit prévaloir dans les négociations, c’est la préservation et le bien-être des populations africaines et non la somme d’argent que les dirigeants se mettront dans leur poche.
    Si les commerçants camerounais ou les mineurs zambiens en sont venus aux mains avec leurs homologues chinois, c’est tout simplement parce les clauses acceptées par les dirigeants africains lors des négociations étaient en défaveur de leurs propres populations.

    En ce qui concerne la différence entre Intelligence Economique et Guerre Economique.
    La Guerre économique est un terme qui porte à équivoque.
    Il peut s’agir par exemple d’une action militaire ayant des finalités économiques, ou de faire pression sur des populations ennemies à travers un blocus par exemple, ou d’un conflit armé dont l’aspect industriel et économique ont une importance majeure, ou d’une concurrence exacerbée entre 2 nations ou entreprises se manifestant par des pratiques abusives (espionnage, dumping…).

    Quant à l’Intelligence économique (terme aussi vaste), je la simplifierai par la collecte systématique de l’information utile à l’entreprise ou à la nation afin de la placer dans une position dominante par rapport à la concurrence. Elle consiste à identifier rapidement les opportunités et les menaces pour l’entreprise ou la nation dans sa compétition avec ses concurrents, dans ses négociations commerciales et industrielles, dans son environnement de façon général. Elle se base sur des sources d’informations légales: l’étude de la presse, des revues techniques et scientifiques, des banques de données, des documents officiels, des journaux d’entreprise, des plaquettes commerciales, des rapports de stage, des thèses…
    L’Intelligence Economique répudie les pratiques d’espionnage, les stagiaires espions, les pratiques d’infiltration, les écoutes, les vols informatiques, les vols de documents, les débauchages…, et permet de se prémunir de ce genre d’actions illicites.

    Je pense que les pays africains doivent redéfinir leurs priorités en les axant sur l’intérêt général des populations. Et l’Intelligence Economique est un moyen permettant de préserver cet intérêt général.

  3. Oulai Brtrand Goué says:

    Merci pour cet article sur le facteur Chinois en Afrique.

    Si je ne crois pas en la promesse de la Chine d`apporter son appui sur les questions liées à l`environnement – c`est l`hôpital qui se fout de la charité – en revanche, c`est un partenaire qui a, de facon notable, changé le visage du continent. La Banque Mondiale, le FMI, les partenaires occidentaux et tous les acteurs multilatéraux réuni n`ont pas fait mieux depuis les soleils des indépendances. Et c`est la Banque Mondiale qui le dit!

    Maintenant aux africains de négocier avec leurs nouveaux amis les Chinois pour que cette manne venue d`Orient ait du sens pour leurs peuples.

    Great website by the way!

  4. Merci Bertrand pour cette précision et pour tes encouragements.
    A bientôt.

  5. Collart Cécile says:

    Je suis étudiante à l’Université Libre de Bruxelles et j’aurais besoin de l’étude de 75 pages. Malheureusement le fichier ne semble plus en ligne. Pourriez-vous le remettre ou me l’envoyer?

    Merci d’avance!

    http://www.ieafrique.com/wp-content/uploads/2009/12/La-strategie-de-puissance-de-la-Chine-en-Afrique.pdf

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